23 mars 2006
OGM pas ça !
Le débat sur les OGM est extrèmement vaste et complexe. Mais on distingue deux types d'arguments majeurs :
- les pro-OGM qui s'inscrivent dans la logique de l'évolution technologique de l'agriculture qui permet de meilleurs rendements, des aliments enrichis en vitamines (comme une variété de riz aux vitamines A, par exemple), de meilleures résistances aux maladies et aux parasites, d'applications médicales et tout un champs (sic) d'applications scientifiques à peine encore imaginées. Parallèlement à ce discour positif il y a l'argument de dire que de toute façon cette évolution est inéluctable et que tout frein à son développement ne donnera que plus de pouvoir et d'avance aux pays développant librement les OGM.
- les anti-OGM mettent en garde sur le fait que la résistance au antibiotiques et aux herbicides encouragera l'utilisation massives de ceux-ci dans l'agriculture au détriment des plantes et des animaux sauvages environnants (du moins ce qu'il en reste...), la possibilité aux laboratoires de se trouver propriétaires de codes génétiques et d'imposer leur diktat sur les producteurs (des procès pour vol en cas de contamination accidentelle par exemple). La contamination des autres plantes pose aussi un problème quasi insoluble pour ceux qui ne désirent pas cultiver des OGM et conserver un label Bio.
Quant aux effets sur la santé ils sont méconnus, mais bien qu'à priori inoffensifs (les gènes ne passent pas la barrière du système digestif) c'est sans doute ce qui fait le plus peur à la population, qui rejette massivement les OGM (à 78% en France). On peut quand même imaginer qu'un jour ils seront bénéfiques lorsqu'ils enrichiront les aliments en vitamines par exemple, mais c'est rarement la voie qui est choisit.
Et le fond du problème est bien là : il y a OGM et OGM. Or pour faire plaisir à l'opinion publique la France les a complètement interdits jusque là, occultant tout débat sous le principe de précaution. Seulement l'OMC et l'UE ont fait pression contre ce protectionnisme et le retard prit au niveau de la recherche risque de ne jamais être rattrapé, ce qui pour une nation agricole comme la France serait catastrophique.
La loi des 0.9% a donc été créée pour permettre d'indemniser les agriculteurs "contaminés" au delà de 0.9% d'OGM. Mais le débat n'a toujours pas avancé concernant ce qui pouvait être considéré comme bénéfique ou non. Est-ce qu'un champs bio contaminé sous les 0.9% reste bio ?
Mais une chose est certaine, toutes les mesures pour empêcher la contaminations seront inefficaces à long terme, affirmer le contraire est du domaine de la propagande. Il convient donc d'être extrèmement vigilant ne serait-ce que sur le plan juridique afin que ce soit au "propriétaire" des plantes contaminantes à verser des indemnités et non l'inverse.
Du côté des militants écologistes tous les OGM sont rejettés en bloc sans distinction. Du côté gouvernemental est mis en place un "conseil des biotechnologies" chargé d'accréditer pour 10 ans la culture de nouveaux plants d'OGM. Ce conseil regroupe aussi bien des scientifiques que des militants écologistes mais le comité scientifique dispose d'informations qu'il ne communique pas au comité civil consulté, lui, de façon facultative. Nul doute que ce comité scientifique opaque sera composé d'experts travaillant dans les industries agro-alimentaires et pharmaceutiques comme c'est presque toujours le cas. Au final les rapports de cette commissions seront difficilement consultables par le public. Or cet organisme de contrôle est le point clé pour un usage démocratique et écologique des OGM.
Il n'y a donc pas de jugement lapidaire et définitif sur les OGM qui renferment autant d'espoirs que de dangers non négligeables. Il est, je pense, illusoire à terme de pouvoir consommer des aliments à 0% d'OGM et le consommateur a peu de pouvoir. Tout reposera sur une grande vigilance au niveau politique et citoyenne des organismes de contrôle, et faire pression, éventuellement pour retirer un produit qui s'avèrerait nocif pour la santé ET pour l'environnement. C'est pourquoi je recommande, à titre personnel, de s'engager fortemment dans des mouvements ou associations écologistes qui pourront faire contre-pouvoir au lobbies industriels.
18:10 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : ogm



Commentaires
Mosantera, Mosentera pas ?
Petit lien Blog :
http://ds2.hautetfort.com/archive/2006/03/28/une-geante-verte-est-toujours-debout-gaya-va.html
Écrit par : Ds.2 | 28 mars 2006
Félicitation, comme toujours, t'as faites du bon boulot, bravo!
C'est vrai qu'on est face à un dilemme: c’est le même problème dès qu’une forme d’expression est innovante.
La problematic de l'OMG pour moi, c'est un peu comme un poème: ce n’est pas la même chose de l’entendre récité par l’auteur que de le lire sur papier. Il y a aussi deux niveaux de compréhension.
Bien sure qu'il y a pas une révolution technologique sans que l’art ne s’en empare et l’expo des biotechnologies n’échappe pas à cette règle.
Manipulation d’ADN, culture de steak de grenouille et de peau humaine, hybridation de plantes? Peut-on enjamber les barrières entre les espèces? Quel est le statut de l’animal de laboratoire? L’homme domine-t-il les autres espèces vivantes?
Telles sont les questions posées par l’expo "Art biotech" rassemble, au Lieu unique de Nantes, une dizaine de créateurs passés maîtres dans l’art de modeler le vivant, ni condamnation, ni louange, celle-ci veut interroger la science et aspire à créer ou recréer un dialogue social sur la question des biotechnologies, entre les extrêmes incarnés par José Bové et Raël.
L'artist n'abord pas les biotechnologies sous l’angle de leur utilité mais il cherche à s’interroger sur les technologies de leur temps, et à les utiliser, pour eux, les biotechnologies s’apparentent à un outil qu’ils essaient de s’approprier. En ce sens, ils sont aussi pionniers que les premiers artistes utilisateurs de l’informatique.
Le site du Lieu Unique:
http://www.lelieuunique.com
Le site du Collectif Australien Symbiotica:
http://www.symbiotica.uwa.edu.au/
Écrit par : Tania | 01 avril 2006
Bonjour, à l'occasion d'une conférence/débat sur les OGMs organisée par Attac Paris 11 (dont je suis membre) en octobre dernier, la biochimiste qui co-animait nous a appris un certains nombres d'informations concernant les OGMs qui sortent de l'habituel :
- d'une part, distinguer les OGMs (organismes, donc aussi bien bactéries que plantes, qu'animaux) de la sous classe des PGMs (les plantes). C'est possible de contrôler des vaches génétiquement modifiées, une disparition dans la nature de quelques animaux n'ayant aucune conséquence. En revanche les plantes génétiquement modifiées elles ne sont pas contrôlables. Avec des plantations en plein air, nombreuses en France en raison du vide juridique sur le sujet, les PGMs pollinisent les champs alentours sans distinction de label bio ou non. Et la contamination est très rapides sur une grande distance.
- Les PGMs sont sélectionnées et modifiées pour être plus résistantes, plus fortes. Lorsqu'elles se retrouvent dans la nature disséminées et en compétition avec les autres plantes de la même espèce, elles tendent à les remplacer. C'est donc en premier lieu un péril pour la diversité génétique de l'espèce, les PGMs étant des clones d'un nombre très réduit de pool génétiques.
- Même les PGMs castrés tendent à retrouver leur fertilité dans une pourcentage réduit (mais suffisant) de cas.
- Les PGMs sont modifiés pour résister aux herbicides. L'utilisation massive de ses derniers rend les mauvaises herbes résistantes à ces herbicides après quelques années. Le paysan se retrouve alors avec des mauvaises herbes dans son champs pour lesquelles il ne reste qu'une solution, l'arrachage manuel. Les économies sensées être faites sur la main d'oeuvre sont perdues.
- L'utilisation massive des herbicides sature les sols causant une forte pollution. Les aliments ainsi vendus sont également riches en produits toxiques. Le documentaire "Faim de Soja", passé sur Arte il y a quelque mois montrait également que l'utilisation des PGMs (en tout cas telle qu'elle est pratiquée maintenant) rendait la terre inexploitable après quelques récoltes.
Dominique Mourlane, responsable de la commission OGM d'Attac nous a exposé les motivations de l'industrie Agro Alimentaire et en particulier des semenciers :
- le paysan pour planter chaque année récupère des graines issues de la récolte précédente. Il complète avec des achats de graines traditionnelles auprès des semanciers. C'est contre ce renouvellement naturel du stock de graines que le semancier cherche à imposer les PGMs. En effet, en utilisant des PGMs, le paysan doit payer une licence d'exploitation chaque année, il se retrouve donc captif, un peu comme vous et moi avec un abonnement pour un téléphone portable. Mais il ne suffit pas ici d'envoyer un courrier à la date anniversaire pour résilier.
- L'exemple de cet agriculteur canadien devant payer des dommages et intérêts à un semancier car ce dernier a retrouvé des traces de son PGM dans le champ du premier est emblématique. Par ailleurs les semanciers encouragent les paysans à pratiquer la délation sur une utilisation indue de leurs PGMs.
- Les PGMs sont crées pour résister à herbicide spécifique. Le même vendu par le semancier. Il y a donc là un double intérêt.
- Quid du débat éthique sur la question de brevetabilité du vivant. De quel droit peut on déposer un brevet sur des gênes qui se trouvent dans la nature et ainsi interdire ou faire payer aux autres l'utilisation de ces gênes ? N'y a t il pas la une nouvelle forme de colonisation. Il ne s'agit plus ici de s'approprier des Terres Inconnues, mais des gênes non répertoriés mêmes si leurs vertues sont utilisées depuis des millénaires (on rejoint ici un débat sur l'industrie pharmaceutique).
Pour finir je rappelle la position d'Attac sur le sujet des OGMs : moratoire sur l'exploitation jusqu'à la tenue d'un grand débat public sur le sujet. Interdiction de la recherche en plein air, seulement une recherche en milieu confiné.
Alan
Écrit par : Alan | 22 avril 2006
Bonjour Tovi,
Je viens de découvrir ton blog avec ravissement.
Pour info, voici une campagne que je tente de relayer sur la question des OGM...
http://bio-npdc.hautetfort.com/archive/2007/03/29/participez-a-la-campagne-m-a-i-s.html
Écrit par : Sam | 29 mars 2007
vous habitez tous en ville?
Écrit par : benoit | 08 novembre 2007
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