10 novembre 2005
Les antibiotiques c'est pas automatique. Sauf que...
L'arrivée des antibiotiques dans la médecine humaine et vétérinaire, et même des plantes a considèrablement amélioré les conditions sanitaires. Leur facilité d'utilisation et leurs bénéfices sur le plan économique ont conduit à généraliser leur usage, en particulier dans les élevages intensifs ou la promiscuité et le stress favorise les infections.
De plus, les antibiotiques sont utilisés comme facteurs de croissance. Administrés quotidiennement à faible dose, sous forme d'additifs alimentaires, ils entraînent -en modifiant la flore intestinale et la digestibilité des aliments- une croissance accélérée et une consommation moindre d'aliments. Ils permettent donc d'améliorer la productivité.Depuis le 1er juillet 1999, l'utilisation comme facteur de croissance de 4 antibiotiques sur les 8 encore autorisés dans l'Union européenne est -provisoirement- interdite . A noter que l'utilisation d'antibiotique n'est pas un gage de qualité, bien au contraire.D'ailleurs, dans le cadre des productions labellisées et biologiques, leur emploi est strictement limité (but thérapeutique) ou interdit (comme facteurs de croissance).
En 1997, la quantité d'antibiotiques utilisée dans l'Union européenne s'est élevée à 10.493 tonnes, réparties entre la médecine humaine (52% ), la médecine vétérinaire (33%) et la production animale - facteurs de croissance - (15%) .
Cette utilisation massive a progressivement établit une sélection de germes résistants aux antibiotiques. Puis les germes résistants acquièrent d'autres résistances. Ce sont les résistances croisés ou germes multirésistants. Il n'existe pas de cas connu ou un germe ne finisse par devenir résistant. Autant dire que l'industrie pharmaceutique a de quoi s'inquiéter (et nous encore plus).
L' utilisation abusive des antibiotiques entraîne des effets dévastateurs sur la flore bactérienne, dans la mesure où il ne s’exerce aucune différence entre les bactéries pathogènes et les bonnes bactéries.Pour la santé humaine, le risque peut être de deux ordres : risques posés par les résidus dans la viande de consommation et risques dus à la contamination de l'homme par des bactéries zoonotiques (animales) résistantes à des antibiotiques utilisés chez l'homme. En Europe il existe une règlementation concernant la présence de ces résidus (chloramphénicol et nitro-imidazoles). Précisons que toutes ces règlementations européennes ne concernent pas les aliments d'importation.
Depuis plusieurs décennies déjà, parce qu'ils présentent certains avantages sur les moyens de lutte conventionnels que constituent les pesticides chimiques, les antibiotiques (la streptomycine en particulier) sont utilisés pour la protection des cultures (vaporisés sur les arbres fruitiers en particulier).On retrouvera tous ces antibiotiques et ces résidus également sur les plantes, dans l'eau, le lait, les fruits, chez les animaux sauvages et même dans des produits comme le miel.
Depuis quelques années, on voit apparaître sur le marché des plantes génétiquement modifiées, fruits des techniques du génie génétique. Nombre de ces plantes comportent, inséré dans leur génome, un gène de résistance aux antibiotiques . Ce gène, appelé marqueur, permet de suivre le bon déroulement de l'opération de transgénèse . Les gènes de résistance aux antibiotiques peuvent migrer des plantes aux bactéries du tube digestif des animaux ou de l'Homme, ou des plantes aux bactéries du sol.
La plupart des entreprises de biotechnologie prétendent ne plus avoir recours aux gènes de résistance aux antibiotiques pour la mise au point des plantes de deuxième génération. Il reste qu'aujourd'hui, au moins la moitié des plantes transgéniques cultivées, expérimentées ou en voie d'autorisation, en France et dans le monde, contiennent encore ces gènes de résistance. Étant donné les risques qu'entraînerait leur culture à grande échelle, il est urgent de retirer au plus vite ces plantes du marché.
A tous les niveaux l'environnement (et donc les humains) semble contaminé par les antibiotiques. Celà fragilise les systèmes immunitaires et surtout favorise l'apparition d'épidémies que plus aucun médicament ne pourra traiter. Si les pays de l'UE semblent avoir pris conscience du problème, les mesures prises semblent bien timides. Il s'agit également, comme d'habitude, de toucher à un énorme pactole du lobby pharmaceutique et agro-alimentaire. Car il n'existe pas beaucoup d'alternative en dehors de l'abandon des ces substances et de l'élevage intensif.
Si les campagnes de communication en faveur de la modération de l'utilisation des antibiotiques par les malades visaient autre chose que la réduction du déficit de la sécu, alors elles devraient également promouvoir la consommation de produits bio et de viandes de bétail élevés en plein air.
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