27 juin 2007
Quand l'Homme déconne
Chlordecone : insecticide très toxique destiné aux patates et aux bananes. Breveté en 1952, sous le nom de kepone, il sera massivement utilisé contre le charançon.Il épuisait tellement les sols qu'il fallait les laisser reposer tous les 7 ans. En 1975 les américains démontrent sa haute toxicité pour les humains, ils l'interdiront en 1976. En France il faudra attendre 1990, mais on changera le nom en curlone pour éviter les ennuis...
Mais de 1990 à 1993 les ministres de l'agriculture (socialistes) Louis Mermaz et JP Soisson signent deux dérogations pour autoriser son utilisation dans les antilles afin d'écouler les stocks. On sait que ce produit a été utilisé illégalement par la suite.
En 1999, une étude officielle démontre la présence massive de chlordecone dans tous les échantillons d'eau prélevés autour de Basse-Terre. L'INRA avait déjà détecté la présence de chlordecone depuis 1977 (on connaissait alors sa dangerosité), classé sans suite.
Le chlordecone présente un inconvénient de taille, très stable il contamine les patates par les racines. Sa pulvérisation nécessite un travail manuel minitieux, ce qui signifie que tous les ouvriers agricoles manipulant ce produit furent contaminés.
En 1993 le ministère de l'environnement et l'UNESCO commande des études de contamination du Grand Carbet, une rivière qui traverse les bananeraies. Le premier rapport restera secret, le deuxième révèlera la présence massive de chlrodecone dans l'estuaire. En 1999, on découvre jusqu'à 100 fois la norme autorisée (qui est toute relative quand il s'agit de poison). Alors, enfin, l'administration réagit et fait fermer les captages d'eau les plus pollués, ou les mélange avec des eaux moins polluées pour faire baisser les taux artifficiellement.
Les sols sont contaminés pour des siècles, car le chlordécone ne se dégrade pas. Pourtant il existait des alternatives avec des produits dégradables.
Aux antilles on trouve bien d'autres produits toxiques. 75 % des tonnages importés sont inconnus et souvent interdits.
Le chlordécone, comme tous les organochlorés (style DDT), s'attaque au système nerveux humain. Les symptomes sont : tremblements, contractures musculaires, troubles de la vision et de la coordination, diminution du nombre de spermatozoïdes, nausées, arytmie.
Hasard ? Il y a deux fois plus de cancers de la prostate dans la zone Caraïbe qu'en Europe. Le centre national de la recherche sur le cancer a classé ce produit "probablement cancerogène"...en 1979. La Guadeloupe connait également une épidémie de maladie de Parkinson, des taux anormalement élevés de chlordécone ont été relevés sur leur dépouille. Un tiers des femmes enceinte est contaminé, deux tiers des ouvriers agricoles. Le taux de mortalité prénatale est anormalement plus élevé qu'en métropole.
En pratique, le chlordecone recouvre la plupart des sols agricoles et contamine les racines. Il est donc fortemment déconseillé de manger localement les carottes, pommes de terre, igname, tomates, melons, et mieux vaut boire l'eau à l'aide d'un récupèrateur d'eau de pluie.
10:30 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : chlordecone, antilles, guadeloupe, martinique


